L’intuition et la science s’accordent à dire que notre activité cérébrale est plus importante lorsque l’on écrit à la main. L’écriture manuscrite mobilise plus de facultés cognitives que l’écriture dactylographiée et favorise l’apprentissage de la lecture chez les enfants. La confection de manuscrits dans les monastères était-elle la clé de la sagesse ?
L’écriture manuscrite a toujours façonné l’humanité
Tablettes d’argile, rouleaux de papyrus, parchemins, tissus, planches de bois… Avant l’apparition du papier, l’Homme a utilisé divers types de support pour communiquer des informations, partager ses idées, honorer les défunts et immortaliser ses pensées. Jusqu’au milieu du XVe siècle, l’écriture en Occident était réservée à un cercle restreint de personnes cultivées.
À l’intérieur du monastère, le moine s’isolait dans sa cellule pour s’adonner à l’écriture. Un atelier dédié à la confection de manuscrits était parfois aménagé, le scriptorium. Les écrits monastiques étaient embellis par des travaux d’enluminure et de reliure, donnant naissance à des ouvrages exceptionnels dont certains, heureusement, sont parvenus jusqu’à nous.
Les moines scribes et copistes poursuivaient un but précis. Comme moi lorsque j’écris un roman, une nouvelle, une lettre ou un article de blog. Ne poursuivons-nous pas tous un but précis lorsque nous saisissons notre plume ou notre clavier ? La quête de la gloire individuelle, la visibilité d’une page ou d’un produit est-elle plus légitime et utile que l’évangélisation d’un peuple ? Cette discussion sur la légitimité des buts poursuivis par l’écriture mérite une réflexion approfondie. Une conclusion peut cependant être tirée : l’activité cérébrale du moine copiste muni de sa plume d’oie face à son manuscrit était plus importante que la mienne devant mon clavier d’ordinateur.
L’écriture à la main active un réseau neuronal utilisé pour la lecture et l’écriture
Plusieurs études scientifiques établissent une relation entre les facultés cognitives et les formes d’écriture. En 2012, les chercheurs américains Karin H. James et Laura Engelhardt, de l’université de l’Indiana, ont analysé les effets de l’écriture manuscrite sur des enfants pré-alphabétisés âgés de 4 à 5 ans. Ils ont constaté que l’apprentissage des lettres par l’impression – c’est-à-dire l’écriture à la main – activait un réseau neuronal différent de celui de l’apprentissage des lettres par pratique visuelle sans impression.
Chez les enfants qui écrivaient à la main, l’imagerie cérébrale a révélé une grande activation d’une région spécifique du cortex cérébral, le gyrus fusiforme gauche, ainsi que d’autres zones telles que le gyrus frontal inférieur. Ces régions du cerveau favorisent la lecture et l’écriture chez les adultes alphabétisés.
Une étude norvégienne sur l’écriture manuscrite plus récente réalisée auprès de jeunes adultes et d’enfants de 12 ans confirme cette hypothèse. Le dessin et l’écriture à la main stimulent des sens et des régions cérébrales qui interviennent dans la mémorisation et l’encodage d’informations. Un phénomène qui se produit dans une moindre mesure avec l’écriture dactylographiée.
Au-delà de la science
Délibérément ou inconsciemment, nous avons tous expérimenté cette différence d’activation cérébrale. Pourquoi vous souvenez-vous plus facilement de votre liste de courses si vous l’écrivez sur un papier ? Pourquoi de nombreux étudiants copient-ils leurs cours, convaincus que l’écriture favorise la mémorisation des savoirs ?
Habitué depuis longtemps à l’écriture dactylographiée, j’éprouve moi-même une sensation de bien-être difficile à décrire lorsque je couche mes idées sur le papier. L’impact des mots choisis me paraît plus fort, le message plus intime, plus pertinent. On aurait presque envie de verser dans le lyrisme et, au passage, une petite larme.
Interrogez les passionnés de calligraphie. Ils vous diront que leur activité réduit leur niveau de stress. Demandez à vos proches s’ils préfèrent recevoir une lettre d’amour manuscrite ou dactylographiée. La science explique beaucoup de choses. Pour les autres, nous avons nos livres, nos mentors, notre esprit d’analyse, notre expérience, notre cœur, notre âme et notre plume.
Sources :
- Karin H. James et Laura Engelhardt, Université de l’Indiana : The effects of handwriting experience on functional brain development in pre-literate children.
- Eva Ose Askvik, F. R. (Ruud) van der Weel, Audrey L. H. van der Meer, Laboratoire de neurosciences du développement, Département de psychologie, Université norvégienne des sciences et technologies, Trondheim : The Importance of Cursive Handwriting Over Typewriting for Learning in the Classroom: A High-Density EEG Study of 12-Year-Old Children and Young Adults.



